dimanche 21 juin 2009

Mentir au monde pour ne pas devenir fou ?


« Suppose que tu rencontres un fou qui affirme qu'il est un poisson et que nous sommes tous des poissons. Vas tu te disputer avec lui ? Vas tu te déshabiller devant lui pour lui montrer que tu n'as pas de nageoires ? Vas tu lui dire en face ce que tu penses ? »
« Si tu ne lui disais que la vérité, que ce que tu penses vraiment de lui, ça voudrait dire que tu consens à avoir une discussion sérieuse avec un fou et que tu es toi même fou. C'est exactement la même chose avec le monde qui nous entoure. Si tu t'obstinais à lui dire la vérité en face, ça voudrait dire que tu le prends au sérieux. Et prendre au sérieux quelque chose d'aussi peu sérieux, c'est perdre soi même tout son sérieux. Moi, je dois mentir pour ne pas prendre au sérieux des fous et ne pas devenir moi même fou. »
Milan Kundera

lundi 4 mai 2009

Marche nocturne


Je n'arrive pas à dormir. Alors autant écrire un peu. Quatre mois que je prépare les concours de journalisme. Ça commence à faire beaucoup. Je le sens. Mentalement – je regarde le JT un stylo à la main, je me lave en écoutant la radio, je conjugue des verbes désuets pour m'amuser, je crois que je suis au bord de la saturation, et comme par hasard, je n'arrive pas à dormir cette nuit. Physiquement aussi. Je n'ai qu'une envie : que tout cela soit vite derrière moi.
Maintenant, je repense à ces derniers mois en souriant un peu. J'ai commis pas mal d'erreurs. Mais c'est dans la nature humaine, non ? Quoi de plus humain que de se tromper ? Mais des fois je me demande si tout cela ne fait pas partie d'un plan. Si tout cela n'est pas écris à l'avance, échaffaudé par un « grand architecte », qui voit tout, sait tout. Tout a-t-il déjà été imaginé ? Ecris-je ce soir par hasard, ou est-ce le destin ? Ou le hasard ne serait-il pas, quelque part, la conséquence de nos actes ? Le prof de philo, il y a quelques mois (quand j'allais encore à la fac, cela me semble une éternité), disait que le hasard n'existe pas. Peut être, peut être pas. Toujours est-il que je suis mon petit bonhomme de chemin.
Je suis la voie que j'ai choisie, sans me laisser dérouter par l'adversité, par les embûches qui jalonnent le chemin. La route est longue. Etroite, mais terriblement longue. Le ciel alterne entre bleu et gris. Parfois, ma longue marche est interrompue par le franchissement d'un croisement. Qui essaie de me détourner de mon trajet. Mais je continue à marcher, tout droit.
Je traverse des villes. Je rencontre des gens. J'ai la sensation de ne pas assez me reposer. Je devrais m'arrêter, un peu, puis repartir. Mais il me reste si peu de temps, et la route est tellement longue ! Le choix est difficile. Le bout du chemin est là, à l'horizon. Il est loin mais pourtant si proche. Et je ne me sens pas prêt. Pas encore. Alors, je continue à marcher, pour ne pas y penser, je continue.

"Il y a, pour arriver aux dignités, ce qu'on appelle la grande voie ou le chemin battu ; il y a le chemin détourné ou de traverse qui est le plus court"
La Bruyère

samedi 11 avril 2009

L'Affaire Salengro

J'ai écris un article sur le téléfilm "événement" l'Affaire Salengro, qui sera diffusé le 14 avril sur France 2. Mais évidemment, je ne le posterai pas ici, car il appartient à Croix du Nord. Je me contenterai donc de copier-coller ici le "synopsis" de l'Affaire, et d'écrire un petit commentaire.


Juin 1936. Le Front Populaire de Léon Blum fait face à des grèves très dures qui se multiplient dans toute la France et paralysent l'économie du pays. Un homme va réussir à remettre la France au travail, seul et sans employer la force : Roger Salengro, ministre de l'Intérieur de Léon Blum et principal artisan des accords de Matignon. L'homme des congés payés, de la semaine de quarante heures et des salaires minimaux pour les travailleurs. Le patronat et la droite ne pardonneront jamais à Salengro ces acquis sociaux. Ils montent contre lui une campagne de calomnies d'une extrême violence en l'accusant d'avoir déserté pendant la guerre de 14. C'est un mensonge avéré. Mais le nom de Salengro en restera sali. Il se suicidera en novembre 36.

L'Affaire Salengro est un formidable travail, à la fois de cinéaste, mais aussi de journaliste. Oui, c'est quasiment du travail de journaliste qu'à fait Yves Boisset. Comme dans ses précédents téléfilms historiques (l'Affaire Dreyfus, Ben Barka), il retrace scrupuleusement les faits, jouant aussi sur la corde sensible pour toucher le spectateur, et se fait avocat d'une cause : celle de la démocratie face au fascisme, de la liberté et de la vérité face à la calomnie. Dans ce film, Bernard-Pierre Donnadieu ne "joue" pas Salengro, il "est" l'homme politique. Chapeau à son jeu d'acteur.

"Etrangement, alors que de nombreuses rues portent son nom en France, il nous est presque totalement inconnu. J'ai interrogé plusieurs personnes, explique Yves Boisset, et aucune ne pouvait réellement dire qui était Salengro. Certains pensaient qu'il avait été résistant, un autre croyait même que c'était un joueur de foot parce qu'il vivait à côté d'un "Stade Salengro" ! Cela a renforcé mon désir de lui consacrer un téléfilm. Nous vivons encore sur les acquis de ses combats politiques : les congés payés, la semaine de 40 heures et la Sécurité Sociale. Réélu deux fois maire de Lille, nommé ministre de l'intérieur par Léon Blum, il était très aimé des classes populaires. Une campagne de dénigrement a eu raison de cet homme trop candide. Poursuivi par la calomnie, il s'est donné la mort à l'âge de 46 ans, le 18 juillet 1936. Quatre jours plus tard, plus d'un million de personnes assistaient à ses obsèques nationales. C'est ironique, cruel et mélodramatique."

Tragique, un peu "mélo", le film l'est certainement. On ressort de la projection le coeur noué, mais aussi sonné. Parce que le réalisateur atteint son but, celui de vous donner une bonne gifle. Ca m'a rappellé un peu la fois où j'avais vu la superbe adaptation théâtrale de "Lettres de délation" de André Halimi, par le génial et talentueux François Bourcier. Même gravité dans le ton, même aspect militant, même force de dénonciation. Bref, l'Affaire Salengro est à voir absolument. Salutaire.

A noter que le film a été projeté à l'Assemblée Nationale, fin mars. Le petit discours l'accompagnant, prononcé par Bernard Accoyer, est disponible ICI. J'en citerais un passage en guise de conclusion.

"L’affaire Salengro est marquée par son temps, elle fut le fruit des circonstances particulières, celles en particulier de l’outrance : outrance d’une certaine presse, outrance des mots, des méthodes, des mensonges, outrance des haines et des « idées » ou prétendues telles, portées par certains, partagées par un trop grand nombre. On peut espérer que cette outrance là n’est plus, on peut espérer notre époque plus sage et mesurée. Pour autant, le drame de Roger Salengro, poussé au suicide par l’ignominie de la calomnie, demeure tragiquement éloquent et résonne encore de toute son acuité."

Parlez, parlez anglais qu'ils disaient...

Voilà, c'est fait, hier j'ai passé mon premier concours de l'année, celui du Celsa. Pour le Master de Journalisme. Au début je ne comptais pas le tenter, parce que je me disais qu'avec l'épreuve d'anglais, c'était peine perdue, mais j'ai fini par me dire que qui ne tente rien n'a rien et qu'au pire, c'est motivant. Le dossier de dépêches, vaste de prime abord, je l'ai finalement trouvé assez léger. Limite, il n'y avait pas assez d'infos, pas assez de citations pour mes trois articles, m'enfin, je suis sorti satisfait. Le questionnaire d'actualité était facile, j'ai été très surpris, je m'attendais à quelque chose de très difficile, mais non, j'ai sû répondre à environ 90% des questions (sur les 10% auxquelles je ne savais pas répondre, 5% où je ne savais pas, 5% où j'ai commis des fautes d'étourderie, ou où ma mémoire s'est emballée les pinceaux, sûrement à cause du stress). Jusqu'ici tout irait bien s'il n'y avait pas l'épreuve d'anglais.

Je suis tombé récemment sur les annales de 2004. A l'époque, il y avait une épreuve de français en plus, et les coeff étaient totalement différents : 3 pour le français, 3 pour le dossier de dépêches, 2 pour le questionnaire, 2 pour l'anglais. Autant dire que si j'avais passé le concours à l'époque, j'y serais allé sans me prendre la tête. Mais non, plus de français aujourd'hui, mais une bonne grosse épreuve d'anglais coeff 3, équivalente au questionnaire d'actu (coeff 3 donc, pour ceux qui suivent), et un dossier de dépêches coeff 4.



J'ai pendant l'épreuve d'anglais regretté toutes ces années où on ne cessait de me ressasser le même discours : "pars en Angleterre", "bosses ton anglais"... Mon excuse (il y a une part de vérité là dedans quand même), c'est qu'avant le bac, j'ai eu la malchance de tomber dans des classes où le cours d'anglais c'était la récré. Et où les profs étaient, il faut le dire, très très mauvais. Ce n'est pas en commentant un texte (et encore, c'est le prof qui commente, pas nous !) qu'on apprend l'anglais, à mon humble avis. Mais en même temps, j'aurais pu me secouer au sortir du lycée et, au lieu de faire comme tous les étudiants (manifester, glander, rigoler), partir dans un pays anglophone. Trop tard. Maintenant j'ai besoin de devenir 2 voire 3 fois meilleur qu'aujourd'hui dans la langue de Shakespeare en... 1 mois ? Impossible bien sûr, alors je mise sur le coup de chance, sur ma réussite dans les autres épreuves aussi.

Toutefois, je me demande. Pourquoi avoir choisi de passer de 4 à 3 épreuves, en 2005, supprimant le français, augmentant les coefficients du dossier de dépêche et de l'anglais, et réduisant le coefficient de l'actualité ? Un journaliste ne doit-il pas écrire dans un français irréprochable et connaître l'actu ? Oui, synthétiser c'est primordial. Mais pourquoi l'anglais serait-il supérieur au français ? Loin de moi l'idée de faire un procès à l'anglais (ça serait de la vengeance, on dirait que je suis de mauvaise foi, et ça serait vrai), mais je trouve cela dommage. Quoi qu'il en soit, j'ai besoin de bosser cette langue, même si pour être honnête, je la déteste depuis que j'ai 11 ans. Alors, quoi qu'il puisse arriver (admis ou non admis), je compte m'y mettre sérieusement, et l'idée de partir à l'étranger va croissant dans mon esprit à mesure que le temps passe.